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Cinquième dimanche de Pâques

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Que votre cœur ne soit pas bouleversé :
vous croyez en Dieu,
croyez aussi en moi.
Dans la maison de mon Père,
il y a de nombreuses demeures ;
sinon, vous aurais-je dit :
‘Je pars vous préparer une place’ ?
Quand je serai parti vous préparer une place,
je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi,
afin que là où je suis,
vous soyez, vous aussi.
Pour aller où je vais,
vous savez le chemin. »
Thomas lui dit :
« Seigneur, nous ne savons pas où tu vas.
Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond :
« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ;
personne ne va vers le Père sans passer par moi.
Puisque vous me connaissez,
vous connaîtrez aussi mon Père.
Dès maintenant vous le connaissez,
et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit :
« Seigneur, montre-nous le Père ;
cela nous suffit. »
Jésus lui répond :
« Il y a si longtemps que je suis avec vous,
et tu ne me connais pas, Philippe !
Celui qui m’a vu
a vu le Père.
Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ?
Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père
et que le Père est en moi !
Les paroles que je vous dis,
je ne les dis pas de moi-même ;
le Père qui demeure en moi
fait ses propres œuvres.
Croyez-moi :
je suis dans le Père,
et le Père est en moi ;
si vous ne me croyez pas,
croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes.
Amen, amen, je vous le dis :
celui qui croit en moi
fera les œuvres que je fais.
Il en fera même de plus grandes,
parce que je pars vers le Père »

    – Acclamons la Parole de Dieu.

Frères et sœurs, que veut nous dire Jésus quand il dit « Je suis la vérité » ? Est-ce que cela signifie qu’il sait tout sur tout ? Jésus serait le meilleur poète, le meilleur océanographe, le meilleur marin, le meilleur paléontologue, le meilleur historien, le meilleur mathématicien…  ?  Quand on demande à Lambert Wilson, l’acteur qui a joué l’abbé Pierre, Frère Christian de Chergé, Charles de Gaulle qui est Jésus pour lui, il répond : « Un penseur, le plus important de tous les temps, aucun texte d’un auteur ou d’un philosophe ne m’a spirituellement nourri autant que ses paroles si puissantes et révolutionnaires. » Léon Zitrone (présentateur du JT de 20h00 pendant des décennies) disait de Jésus qu’il était le plus grand orateur de tous les temps.  Sophie Soria dit son admiration pour ses qualités de coach.

En quel sens Jésus est-il la vérité ?

Qu’est-ce que la vérité ?

Nous pouvons connaître l’homme de plusieurs manières.

Il y a une vérité scientifique sur l’homme. Mais elle est partielle, jamais définitive, en constante évolution. C’est une vérité très séduisante car elle donne un pouvoir à l’homme et l’homme aime le pouvoir au point de le préférer à la vérité.  Or la science fait le tour de l’homme mais n’y pénètre pas.

Il y a la vérité affective. Je connais une personne à travers l’amour que je lui porte. J’attends sa bonté qui est comme un absolu pour moi. La vérité affective vient de l’intérieur. Elle est à rechercher mais souvent elle fait confondre vérité et sincérité ; or, ce n’est pas la même chose. On peut être très sincère et être dans le faux.

Il y a aussi une vérité artistique de l’homme. La sculpture, la peinture, la musique, le théâtre, le cinéma peuvent dire des choses très vraies.

Ce qui fait problème, c’est surtout la vérité morale. Or la morale répond à l’exigence du bonheur. La vérité, dans ce cas-là, c’est la conformité entre un choix précis et une intention profonde qui va m’épanouir.

Les savants parlent aussi d’une connaissance métaphysique de l’homme. La vérité métaphysique c’est la conformité de l’intelligence à ce qui est. On découvre que chaque homme est une personne qui a premièrement une autonomie et deuxièmement une finalité propre. L’être humain est fait pour l’absolu. Il ne peut trouver sa joie que dans une union à l’absolu. Luc Ferry dit que « nous sommes des êtres d’artifice. Il fait la comparaison avec son chat auquel il suffit de dormir 10h par jour et d’avoir de l’eau et des croquettes, alors que l’homme est insatiable, toujours à la recherche de plus, de mieux, de meilleur,  de davantage. Dans cette recherche, il peut s’aliéner (aujourd’hui on parle beaucoup d’addictions). S’aliéner c’est dépendre de ce qui est moins que soi. Mais si je dépends de ma source, de l’Absolu, je me dilate, je m’enrichis. A ce niveau, La Vérité c’est une personne. Ce n’est ni une construction de l’esprit, ni une conception du monde, ni même une morale. La vérité n’est pas une idée. Elle est une personne concrète. Une personne qui n’est pas venue nous dire : « Je sais la vérité, je vous l’apporte »  mais «  Je suis la Vérité ».

Quand un jeune est ordonné prêtre, quand une fille ou un garçon fait sa profession religieuse, au cours de la cérémonie, il s’allonge par terre, à plat ventre. Beaucoup disent : « Moi je ne pourrais pas. » Ce n’est pourtant pas difficile au point de vue physique, c’est moins fatigant que le saut en hauteur ou en longueur… C’est un saut en profondeur. La difficulté est purement morale. S’agenouiller, se mettre à plat ventre… c’est solliciter le secours de Dieu, s’incliner devant lui, au lieu de courir après son ego. Il s’agit de s’agenouiller… parce que le problème du chrétien devant la Vérité n’est pas de la découvrir mais de lui ressembler.

La Vérité, c’était le souci lancinant de Jean Paul II. Ce souci est le soubassement de l’encyclique « La splendeur de la Vérité », mais il était comme « le liant » de toute sa vie et sa personnalité. A preuve l’anecdote suivante rapportée par André Frossard : « Je lui ai posé la question suivante l’autre jour : « Saint Père, si vous n’aviez qu’une seule parole de l’Évangile à nous transmettre, quelle serait cette parole ? » – Il n’a même pas eu le temps de réfléchir pour me répondre : « La vérité vous rendra libre » – Je pensais qu’il m’aurait dit : « Aimez-vous les uns les autres… – Non : « La vérité vous rendra libre… ».

Au chapitre 6 de la Lettre aux Ephésiens, Saint Paul nous décrit la panoplie du parfait chrétien : le casque du salut, le bouclier de la foi, le glaive de la Parole, les chaussures pour partir annoncer l’évangile. Savez-vous où est la Vérité ? C’est la ceinture. Au séminaire, un ami dessinateur avait démontré avec humour que tout réside dans la Vérité. Si on coupe la ceinture, le pantalon tombe. Le croyant voulant le retenir doit laisser tomber le bouclier et tout le reste. Rétablir la vérité, la défendre c’est l’un de nos grands défis.

Mes deux grands pères étaient nés avec le XXème siècle. Ils étaient agriculteurs sans tracteur. Avant de faner leurs prés, ils descendaient dans le midi en fauchaison. Ils partaient pendant plusieurs semaines avec pour seul bagage leur faulx. Ils n’oubliaient pas non plus de prendre une ceinture de laine autour des reins. Elle les protégeait des lumbagos. La Vérité est ce qui nous fait tenir debout.

Amen !