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Fête de l’ Ascension

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

    En ce temps-là,
les onze disciples s’en allèrent en Galilée,
à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent,
mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles :
« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
Allez ! De toutes les nations faites des disciples :
baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
apprenez-leur à observer
tout ce que je vous ai commandé.
Et moi, je suis avec vous
tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

    – Acclamons la Parole de Dieu.

Frères et sœurs,  dimanche prochain, nous entendrons l’oraison juste après le Gloire à Dieu : « Nous croyons que Jésus le Sauveur des hommes est auprès de toi dans la Gloire, fais-nous croire aussi qu’il est avec nous jusqu’à la fin des temps, comme il l’a promis ».

Qu’est ce qui est le plus facile à croire ?

Apparemment il est facile de croire qu’il est au ciel, surtout qu’on ne le voit pas ni on ne le touche pas. Et il nous est difficile de croire qu’il est là malgré toutes nos misères, et le mal dans le monde et le péché qui réussit encore à nous vaincre. D’où l’énorme besoin de la prière de l’Eglise pour nous, pour que le Saint Esprit nous soit donné, lui par qui nous reconnaîtrons toujours plus la présence de Jésus à nos côtés et l’amour du Père.

Mais au fait, est-ce si facile de croire qu’il est Dieu au ciel, Dieu premier servi, Dieu qui est à la première place et non pas nous ou les pouvoirs publics, Dieu dont la Providence ne se trompe jamais en ses desseins, Dieu à qui l’on doit l’hommage gratuit… ?  On comprend alors combien nous avons besoin du  Saint Esprit non seulement pour avoir le sens surnaturel de notre vie temporelle, mais aussi pour le B.A.Ba de la vie spirituelle qui est de croire que Dieu est Dieu!

La chose la plus importante n’est pas de savoir si Dieu existe mais s’il est amour. Si, par hasard, Dieu existait mais n’était pas amour, il y aurait bien plus à craindre qu’à se réjouir de son existence, comme cela a été le cas dans divers peuples et civilisations. La foi chrétienne nous garantit justement ceci : Dieu existe et il est amour !

Que ferons-nous, que dirons-nous après avoir entendu combien Dieu nous aime ? Nous aimerons Dieu « en retour » ? Nous nous aimerons « les uns les autres comme il nous a aimés » ? Ces deux réponses sont valables mais avant, il y a autre chose à faire : « croire » à cet amour.

Le grand converti et défenseur de la foi C. Lewis (l’auteur de la série des ‘Chroniques de Narnia’ portée à l’écran), a écrit un roman insolite intitulé ‘Tactique du diable’. Ce sont des lettres qu’un diable ancien écrit à un petit diable, jeune et inexpérimenté occupé sur la terre à séduire un jeune londonien qui vient tout juste de renouer avec la pratique chrétienne. Son intention est de lui enseigner la stratégie pour y parvenir. Il s’agit d’un traité de morale et d’ascèse, moderne et d’une très grande finesse, à lire à l’envers, c’est-à-dire en faisant exactement le contraire de ce qui est suggéré. A un moment donné, l’auteur nous fait assister à une sorte de discussion entre les démons. Ils sont incapables de comprendre que l’Ennemi (c’est ainsi qu’il nomme Dieu) puisse vraiment aimer ces ‘vers que sont les hommes, et désire leur liberté’. Ils sont certains que cela n’est pas possible. L’amour de Dieu pour ses créatures est, pour eux, le mystère des mystères. Et je crois que, là au moins, les démons ont raison… !

Contrairement aux apparences, ce n’est pas « facile » de croire que Dieu nous aime. Si nous le croyions vraiment, notre vie, nous-mêmes, les choses, les événements, la souffrance même, tout se transformerait immédiatement sous nos yeux. Nous serions aujourd’hui même au paradis parce que le paradis n’est rien d’autre que cela : vivre pleinement de l’amour de Dieu. C’est dur de croire à l’amour à cause des épreuves de la vie. Qui a un jour été trahi ou blessé, a peur d’aimer et d’être aimé, parce qu’il sait combien cela fait mal d’être trompé.  Et puis, il y a l’expérience de notre pauvreté et de notre misère qui nous fait dire : ‘Oui, cet amour de Dieu est beau, mais il n’est pas pour moi ! Je n’en suis pas digne… ‘.

Les hommes ont besoin de savoir que Dieu les aime et personne mieux que les disciples du Christ n’est en mesure de leur apporter cette bonne nouvelle.  D’autres, à travers le monde, partagent avec les chrétiens la crainte de Dieu, la préoccupation pour la justice sociale et le respect de l’homme, pour la paix et la tolérance ; mais personne, ni parmi les philosophes, ni parmi les religions, ne dit à l’homme que Dieu l’aime, qu’il l’a aimé le premier, qu’il l’aime d’un amour de miséricorde et de désir : avec eros et agape.

Nous sommes invités à regarder notre vie, telle qu’elle se présente, à faire remonter à la surface les peurs qui s’y cachent, les tristesses, les menaces, les complexes, tel défaut physique ou moral, ce souvenir pénible qui nous humilie, et à tout exposer à la lumière de la pensée que Dieu nous aime.

Nous sommes invités à regarder le monde qui nous entoure et qui nous fait peur. L’univers et l’atome, tout est prêt à nous écraser ; l’homme est faible et seul, dans un univers tellement plus grand que lui ! et un univers devenu même encore plus menaçant après les découvertes scientifiques qu’il a faites et qu’il ne réussit pas à maîtriser. Tout peut être remis en question, toutes les sécurités peuvent venir à nous manquer mais jamais celle-ci : que Dieu nous aime et est plus fort que tout. Amen !