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Quatrième dimanche de Pâques

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus déclara :
« Amen, amen, je vous le dis :
celui qui entre dans l’enclos des brebis
sans passer par la porte,
mais qui escalade par un autre endroit,
celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte,
c’est le pasteur, le berger des brebis.
Le portier lui ouvre,
et les brebis écoutent sa voix.
Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom,
et il les fait sortir.
Quand il a poussé dehors toutes les siennes,
il marche à leur tête,
et les brebis le suivent,
car elles connaissent sa voix.
Jamais elles ne suivront un étranger,
mais elles s’enfuiront loin de lui,
car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »

    Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens,
mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait.
C’est pourquoi Jésus reprit la parole :
« Amen, amen, je vous le dis :
Moi, je suis la porte des brebis.
Tous ceux qui sont venus avant moi
sont des voleurs et des bandits ;
mais les brebis ne les ont pas écoutés.
Moi, je suis la porte.
Si quelqu’un entre en passant par moi,
il sera sauvé ;
il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage.
Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr.
Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie,
la vie en abondance. »

C’est le dimanche du Bon Berger, le dimanche de prière pour les vocations sacerdotales. Hé oui, le foyer chrétien est le sacrement de la Trinité (Homme et Femme, il les fit, à son image et à sa ressemblance) ; le prêtre est le sacrement du Divin Berger. La meilleure image pour parler du prêtre est celle du Berger.

Le berger veille sur son troupeau : Jésus prend soin des hommes, le prêtre accueille écoute réconforte, essaie de veiller à l’unité.

Le berger nourrit ses brebis : le prêtre célèbre l’eucharistie pour nourrir nos âmes. Parce que le Berger s’est fait Agneau.

Le berger appelle ses brebis : le prêtre aide à discerner quels appels le Seigneur lance à ceux qui lui sont confiés.

Le berger recherche la brebis perdue : le prêtre donne les sacrements de confession et d’onction des malades.  

Le Berger connaît chacune de ses brebis : le prêtre s’efforce de donner du temps à chaque personne.

Le berger donne sa vie pour ses brebis : le prêtre est prêtre à plein temps.

Le berger protège ses brebis des dangers : le prêtre est chargé d’avertir ses paroissiens que toutes les opinions, tous les choix de vie ne conduisent pas à Dieu.

Mais ce dimanche de l’année liturgique A, Jésus insiste pour dire qu’il est la Porte. Je vous propose d’explorer cette métaphore avec l’homélie ci-dessous.

« Je suis la porte », nous dit Jésus.

Le Bon Berger, le Pain de Vie, la Vigne, la Lumière du Monde, ce sont des titres assez reluisants. Mais … la porte ?

La porte, c’est un passage, c’est une ouverture : c’est donc un gage de  liberté. C’est aussi une protection ; elle permet l’intimité, puisqu’on peut la fermer facilement et être ainsi à l’abri des indiscrétions.

Jésus est la Porte qui ouvre sur le Ciel. Voilà pourquoi à la messe, nous prions pour nos défunts. Jésus a ouvert une brèche dans le mur qui coupait de Dieu. Il est le Va-et-Vient entre la terre et le Ciel, la communion parfaite avec la Trinité.

Jésus est la Porte entre nous. Un exemple. Vous connaissez le film Le Titanic. A la fin du film, celle qui est devenue grand-mère dit une très belle phrase :  « Tu sais ma fille, le cœur de la femme, c’est un océan de secrets ». Quelle belle définition ! Et dites-moi, mesdames, le cœur de l’homme, c’est quoi ? Difficile à dire … Peut-être faudrait-il réaliser Titanic II, pour le cœur de l’homme. Si je vous accorde uniquement par courtoisie mesdames, l’océan Pacifique, plus large et plus profond, pour nous ce sera l’Atlantique. Quelle est la communication entre les deux ? C’est le canal de Panama. Il y a 17 écluses et elles sont toutes payantes ! Dans le mariage, Jésus facilite la communion entre les deux « océans de secrets ». Parce qu’il indique et qu’il donne le pardon, parce qu’il évite de confondre efficacité et fécondité, influence et rayonnement, esprit critique et discernement, attrait et vocation, il introduit au vrai bonheur.

Jésus est la Porte qui nous permet de descendre dans le sanctuaire sacré que l’on appelle la conscience ou l’âme, ou encore notre Jardin Secret que l’on ne connaît même pas soi-même. « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera. Nous viendrons chez lui et nous nous ferons une Demeure chez lui. » (Jean 14,23) Chacun de nous a le redoutable pouvoir de laisser la porte fermée. Et si la porte est fermée par douze verrous et que vous n’en ouvrez que onze, vous ne pourrez pas entrer chez vous. De même si je confesse onze fautes graves et que délibérément je dissimule la douzième, la porte de mon cœur risque bien de rester fermée à la grâce de Dieu…

Jésus dit qu’il est la porte étroite. Un prêtre raconte : C’était lors d’une colonie de vacances, aux temps héroïques de l’immédiat après-guerre. Pour la journée de clôture, nous avions préparé une soirée théâtrale à laquelle tout le village avait été invité. En ce temps-là, il n’y avait rien : pas de cinémas à proximité. Pas encore de télévision bien sûr. Et pas encore de mobylettes pour s’échapper ailleurs le dimanche. C’est-à-dire que notre « théâtre » rencontra un succès extraordinaire. Toute la population se pressait à l’entrée de la salle paroissiale, bien avant l’heure d’ouverture. Pour les besoins de la représentation, nous avions confectionné un merveilleux panneau, une immense feuille peinte et décorée à la main. Et me voilà, avec mon affiche à bout de bras, avec l’intention de pénétrer dans la salle. Mais comment traverser sans dommage cette foule bruyante, turbulente, impatiente, qui s’agglutinait et se bousculait devant la porte ?… Pourtant il fallait bien que j’entre, et que j’entre le premier !… C’est alors que le copain qui essayait de faire un semblant de service d’ordre, m’ayant aperçu de loin et devinant mon embarras, me cria du haut des marches : « Passe par la petite porte !… » Je fis donc le tour du bâtiment, par un petit sentier au milieu des orties et des gravas. Je trouvai facilement la petite porte et entrai sans problème. J’eus le temps de disposer mon affiche en bonne place, avant la ruée des spectateurs à l’intérieur.

Comme vous, j’avais eu l’occasion d’entendre, à l’église, le passage d’évangile où Jésus justement parle de chemin large et de petite porte. (Mt 7,13-14) J’avais compris que la grande porte, c’était la voie de la facilité. Et que la petite porte représentait une particulière difficulté. Eh bien ! Ce n’était pas ça du tout. Croyez-moi, la petite porte, c’est infiniment plus facile !… Seulement, il faut bien le dire, c’est infiniment moins glorieux. Avec une fierté que je jugeais tout à fait légitime, j’avais fait un peu exprès d’arriver au dernier moment avec mon affiche. J’avais imaginé que je passerai l’entrée entre deux haies de spectateurs admiratifs. J’entendais déjà leurs compliments: « Comme c’est joli !… Comme c’est bien fait !… Ceux qui ont fait ça sont vraiment doués !… ça représente un gros travail !… » etc… Et bien que je n’aie pas été le seul auteur du chef-d’œuvre, j’aurais eu l’immense plaisir d’en récolter les honneurs. Au lieu de ça, j’ai pris le raccourci au milieu des orties!… Je n’ai récolté aucun compliment. Personne n’a su que j’avais puissamment collaboré à cette oeuvre d’art. Je suis resté l’anonyme. La petite porte, en fait, c’est très facile. Bien sûr, ça ne vous donne pas de satisfaction immédiate. Cependant, c’est tellement plus fécond, plus rayonnant !…

Au baptême de Jésus, les Cieux se sont ouverts (Jn 1,51). Il est la vraie Porte du Ciel descendue sur terre. Qui installe cette Porte ? Qui en est le portier ? (Comme dit Raymond Devos, le portier est l’employé que l’on met à la porte aussitôt qu’on l’a embauché.. !) ? Le portier à qui Jésus recommande de veiller (Mc 13,34), c’est le prêtre. Jésus qui s’est emparé de la clé de la Mort et de l’enfer (Ap 1,18) a donné à son Eglise d’être plus forte que les puissances les plus mauvaises (Mt 16,18). Voilà pourquoi il nous faut beaucoup prier pour les vocations sacerdotales. Nous avons besoin de portiers pour favoriser l’unité entre nous, pour communier avec notre Famille en son étage supérieur, pour faire sauter tous les verrous d’accès à notre âme, tout simplement pour choisir, re-choisir, et donner la préférence à la Porte étroite qui ouvre à la Vie en abondance. Amen !

P. Trevet