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Troisième dimanche de Pâques

Les disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13 -35).

Frères et sœurs, l’image du chemin vers Emmaüs nous parle beaucoup.

Un jour, Mgr Brincard disait à des jeunes que la vie, c’était comme traverser une pièce dans l’obscurité. La mort, c’est le moment où la lampe s’allume. Dans cette traversée dans la pénombre, Le Seigneur nous accompagne. Jésus nous rejoint chacun, le jour de notre baptême pour nous conduire à l’Auberge du Ciel.

Dans son tout petit livre qui est un chef d’œuvre, « L’homme qui marche », Christian Bobin écrit : « Il dit qu’il est la vérité. C’est la parole la plus humble qui soit. L’orgueil serait de dire : la vérité, je l’ai. Je la détiens, je l’ai mise dans l’écrin d’une formule. La vérité n’est pas une idée mais une présence. Rien n’est présent que l’amour. La vérité, il l’est par son souffle, par sa voix, […] » La grâce de Jésus n’est pas « matérielle » elle est toujours « personnelle » c’est-à-dire « au creux de notre personne ». Ce n’est ni un boulet, ni une chaîne. Ce n’est ni un reproche, ni une amnistie… Il ne dit rien ou bien il rouspète, selon ce que notre liberté peut recevoir de lui, et il nous aime absolument : capable de se faire petit à l’extrême si telle était la place qu’il lui restait, capable de se dilater tellement qu’il dilaterait notre cœur même, pour y exister à sa propre mesure, mais en tout cas incapable d’en sortir et de déserter notre cœur : non, il l’a promis.

Un vieux prédicateur de retraite racontait malicieusement un de ses rêves. A la fin d’une retraite épuisante prêchée à sa propre communauté, le plafond de la salle  soudain effondre. Tous, surpris, se retrouvent à la porte étroite du Royaume des Cieux. Il voit, admiratif, les retraitants ses frères passer devant lui, et entrer les uns après les autres pour être placés par les anges. Certains sont même très bien placés ! Les anges ne trouvent sa place à lui, le prédicateur, qu’après une recherche laborieuse, tout derrière au fond (pas très loin d’ailleurs du Supérieur général… !) Il n’en éprouve aucune amertume, trouvant au contraire bien normal que le serviteur inutile ait une place très discrète. Il a tellement cité les paroles de l’Epoux ici-bas qu’il se réjouit maintenant à la perspective de l’entendre en direct. La sono est bonne au paradis. Et cela lui suffit. Il y a une immense clameur quand Jésus entre. Les anges d’accueil se précipitent. Le Seigneur traverse longuement la salle de noce, saluant chacun, et vient s’asseoir sur un petit strapontin tout au fond, qu’il n’avait pas remarqué… juste derrière lui. Et Jésus lui tapote l’épaule de la main. Bon, l’éternité s’annonçait bien ! Sur la terre comme  au Ciel, seule compte la proximité avec Jésus.

Nous nous rappelons aussi le rêve du poète brésilien Adhémar de Boros.
Dans la nuit de Noël, j’ai eu un songe : j’ai rêvé que je cheminais sur la plage en compagnie du Seigneur. Et que dans la toile de ma vie, se réfléchissaient tous les jours de ma vie. J’ai regardé en arrière et j’ai vu qu’à ce jour où passait le film de ma vie, surgissaient des traces sur le sable. L’une était la mienne et l’autre était du Seigneur. Ainsi, nous continuions à marcher jusqu’à ce que tous mes jours fussent achevés. Alors je me suis arrêté et j’ai regardé en arrière. J’ai retrouvé alors, qu’en certains endroits, il y avait seulement une empreinte de pied. Et ces lieux coïncidaient justement avec les jours les plus difficiles de ma vie, les jours de plus grande angoisse et de plus grande peur. Et de plus grande douleur. J’ai donc interrogé :  Seigneur, tu as dit que tu étais avec moi tous les jours de ma vie. Et j’ai accepté de vivre avec toi. Mais pourquoi m’as-tu laissé seul dans les pires moments de ma vie ? Et le Seigneur me répondit : Mon fils, je t’aime : j’ai dit que je serai avec toi durant toute la promenade et que je ne te laisserai pas une seule minute et je ne t’ai pas abandonné. Les jours où tu as vu à peine une trace sur le sable furent les jours où je t’ai porté.

Dans l’Ancien Testament (Exode 33,18-23) il est écrit qu’ « on ne peut voir Dieu que de dos », une fois qu’il est passé. Mais il est très important de prendre conscience que c’était Lui ! Exerçons-nous à reconnaître Jésus dans l’amitié et l’affection (dans nos « compagnonnages »), dans les Saintes Ecritures, dans l’ « auberge d’Emmaüs » i.e. la messe (même seulement sur l’écran !) qui anticipe le Festin des noces éternelles, mais aussi dans ceux qui nous « portent », et également lorsque la grâce nous est donnée de porter autrui en Son Nom. Amen !